C’est l’histoire d’un mec…

C’est l’histoire d’un mec…
Qui intègre le milieu politique comme beaucoup, parce que ça fascine, parce que la « sécurité » dans tous les partis, c’est d’abord des militants, et qu’on peut se faire remarquer comme il faut, qui se retrouve transféré auprès d’une star montante, puis qui se rend utile et donc indispensable, normal, y a des brèches de partout pour s’installer, et parce que les (futurs) puissants ont toujours besoin de petites mains utiles.

C’est l’histoire d’un mec qui devient proche, parce qu’on s’attache mutuellement, c’est humain, qui devient vite indispensable, normal, on pense toujours qu’on l’est quand on est vu comme tel, qui se retrouve, comme son patron, emmené par la victoire, belle car inattendue, puissante car elle nait sur  les ruines des partis de gouvernement historiques, sans leaders d’évidence.

C’est l’histoire d’un mec qui se retrouve à l’Elysée, un collaborateur circonstanciel, à qui on va donner un statut, des avantages et outils exorbitants du commun, un traitement pas justifié, qui va continuer à jouer à la sécurité, et qu’on laisse faire, dans le coeur de l’Etat, sauf qu’on a changé de niveau, d’esprit, de discipline, de méthodes, de devoirs, et que le mec, à 26 ans, n’est pas fini, pas formé pour, arrivé trop vite, fort et trop haut, sans le comportement que la fonction, le lieu, la mission, oblige, et qui se paye avec arrogance le luxe de heurter les professionnels déjà en place, qui savent eux de quoi ils parlent.

De plus Il bousculait l’organisation classique des services de sécurité à la Présidence et ça, c’était juste pas possible pour les fonctionnaires expérimentés. (nb : toujours respecter les pros en place, leurs parcours, avec humilité, sinon le jour où tu saignes un peu, on ne t’aide pas à refermer la plaie, on va l’ouvrir au burin...).

C’est l’histoire d'un mec qui n’a pas les fondamentaux de ce qu’est le pouvoir, notamment le pouvoir suprême, avec ses affres, ses non-dits, ses règles écrites et non écrites, ses codes, ses liens, ses faux-semblants, ses chausse-trappes...

C’est l’histoire d’un mec qui se la pète (le destin improbable mais pas préparé, éduqué, à l'affronter) et qu’on laisse gérer comme il l’entend, grisé, protégé par le phénomène de cour, inhérent à tous les pouvoirs, tous... et qui traite ce qu’on appelle les affaires réservées, ces petites choses dans les cabinets du pouvoir, sur lesquelles on ne pose pas de questions, parce que cela ne se fait pas, et à qui l’on donne ou accorde les attributs du pouvoir de police, et qui va les utiliser en mode perso, sans se rendre compte qu’il met en danger son patron, dont il tire sa légitimité professionnelle, tout ça pour se faire un kiff et donner 3 torgnoles à des manifestants professionnels piégeurs, toujours à la provocation, et qui jouent aux révolutionnaires (en carton) avec smartphones à archives, de celles qu’on sortira opportunément 2 mois après...

C’est l’histoire d’un mec, violent, qui n’a rien à foutre là mais qu’on laisse faire, par peur de se faire saquer après…

C’est l’histoire d’un mec chargé de la protection du président et qui par sa personnalité, sa nature et ses actes va devenir paradoxalement celui qui le met le plus en danger et lui causer le plus de tort.

C’est l’histoire du télescopage entre la nature humaine et le pouvoir,

C’est l’histoire du manque d’expérience, du manque d’apprentissage, du manque de recul sur sa situation, de l’irresponsabilité, du danger à naviguer dans les sphères du pouvoir, pensant qu’on est immunisé contre tout, que rien ne peut atteindre, ça vaut pour les politiques comme pour les collaborateurs.

Cette histoire n’est pas une affaire d’Etat, c’est une affaire de l’Etat. Pas bien glorieuse. Il n’y ni mort d’hommes, ni atteinte à la Sécurité de l’Etat.

Ce n’est pas l’affaire Boulin, le Rainbow Warrior, l’affaire de Broglie, les Irlandais de Vincennes, les écoutes téléphoniques de l’Elysée, et j’en passe… la Vème République en est remplie… Des vraies, des sanglantes, des honteuses pour la Démocratie et la République et quelques-uns de nos hommes politiques les plus fameux...

Non, ce n’est pas l’histoire d’une police politique à l’Elysée (LOL)

C’est l’histoire d’un directeur de cabinet qui ne fait pas son job, malgré le contexte, c’est à dire déminer un danger managérial contre le souhait supposé du patron, et qui, quand on se rend compte de profil instable du mec, ben c’est juste trop tard, faut nettoyer, couvrir tant bien que mal... le problème c’est que partout où il est passé il y a des taches qu’on ne peut plus effacer…

L'observation des signaux faibles permet l'anticipation. On se sent toujours puissant avant de se rendre compte qu'un tsunami médiatico-politique est toujours déclenché par des petits riens, qui n'en sont jamais à ce niveau-là du pouvoir et de ses responsabilités.

C’est aussi l’histoire des oppositions si faibles politiquement (qui pensent) qu’elles n’ont que cela à se mettre sous la dent, avec les outrances, les a priori, les sous-entendus, les fantasmes, les postures grotesques et pas du tout exagérées...

Il en faut toujours peu aux gens qui ont faim pour se nourrir avec pas grand chose. Quant à ceux qui pensent tenir le saint-Graal et enterrer le quinquennat de Macron avec ça, que dire ... rien, pour rester poli et charitable.

C’est l’histoire d’une jeune et inexpérimentée majorité, composée majoritairement de la société civile (c’est beau en campagne la société civile, mais la politique est un jeu cruel qu’on apprend avec le temps qui passe…), et qui est tétanisée, car mal encadrée, préparée, quand elle n’a pas les éléments de langage qui vont bien, car sans la parole du seul chef, et du chef seul, on ne sait plus quoi dire quand il y a disruption dans le storytelling : la politique, c’est à dire la gestion des affaires publiques et la représentation du peuple au plus haut niveau, c’est un métier (je persiste et signe), au sens où cela s’apprend avec le temps…

Les formules de campagne, si sympathiques et volontaires soient elles, ne font pas un changement automatique de comportement et de moeurs, il n’y a pas de vieux monde et de nouveau monde en politique, il y a le réel, la perception subjectif des choses par les gens, et les fondamentaux inhérents au pouvoir, le vrai, le pur, le dur... Il y a l’absolue nécessité de changer en profondeur et à tous les niveaux le fonctionnement et ses habitudes de notre République, avec les exigences du moment : transparence, sincérité et exemplarité réelles, sans tomber dans le populisme le plus bas ou la pureté, toujours fascisante.

C’est aussi l’histoire de gens qui ne sont pas à leur place : un journaliste n’est pas un communicant (cf le catastrophique ‘porte-parole’ de l’Elysée). Un communicant n’est pas un élu. Un élu n’est pas un juge. Un juge n’est pas un militant.

Au fond, cette histoire est peut-être juste une histoire d’amitié sincère, et on sait que l’amitié est aveugle, qu’un ami c'est quelqu'un qu'on connait et qu'on aime quand même... mais au coeur du pouvoir, cela ne pardonne pas : il faut avoir les yeux ouverts.

Cette histoire, c’est juste une histoire. Ce n'est pas l’Histoire.

Bref, cette histoire, c’est l’histoire d’une grosse tache qui fait une grosse tache.

Donc, sauf à s'enliser dans la crise politique, encore et encore, l’Exécutif doit :
- dire les choses, simplement.
- avouer les dysfonctionnements. Les sanctionner.
- prendre des décisions proportionnées, intelligentes, c’est à dire intelligibles.

 Et retenir la leçon. Le président de la République le premier, lui qui a pour le coup manqué de lucidité, comme son entourage.

Une fois fait, et vite, passons à autre chose : Il se passe des choses infiniment plus dangereuses pour la France, et les Français, dans le monde qui vient, et qui n'attend pas.

#Benalla #Benapluslà

Ps: une pensée quand même pour le mec en question dont on apprend qu’il devait se marier aujourd’hui et qui a dû annuler son mariage cause garde à vue. Voilà. Il est puni. Il a joué, il a perdu. Tout. Grandeur et décadence, le pouvoir ça peut être violent. Très. Très belle analyse
(Olivier Ubéda)

Commentaires